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Les cigognes n'en font qu'à leur tête - 2

Le 17 mars 2018, 13:02 dans Livres 5

 

 

 

 

 

 

Suite et fin de l'extrait :

 

(...)

 

À la maternité, à peine a-t-elle relaté les évènements, qu’on la prend immédiatement en charge. On sent instinctivement l’urgence de la situation.

 

     A cette heure encore matinale, tout est calme, du moins en apparence. Derrière les lourds battants qui mènent aux chambres, la vie hospitalière reprend ses droits. Prises de tension et de température. Premier soin. Petit déjeuner. Là aussi la vie s’éveille doucement.

 

     Mais à l’accueil du premier étage où ils attendent, pas un bruit. L’heure des premiers rendez-vous est encore loin, celle des visites encore plus. Les secrétaires n’ont pas encore pris leur fonction.

 

     Agnès et Benoît patientent le temps que la sage-femme retrouve le dossier de la future maman. On leur a proposé de s’asseoir. Au comble de l’angoisse, Agnès n’a pas tenu cinq minutes, alors Benoît s’est levé lui aussi. Il ne comprend rien à ce qu’il se passe, mais il devine que c’est grave.

 

     La sage-femme revient. Elle conduit Agnès dans la salle de pré travail, la place sous monitoring. L’appareil n’enregistre que peu de contractions, pourtant Agnès en ressent fréquemment. Maintenant, elle sait qu’il s’agit de cela. Cela ne fait aucun doute pour elle, à présent. Comment n’a-t-elle pas deviné, hier, qu’il s’agissait de cela ? Mais bien sûr, c’est sa première grossesse. Comment reconnaît-on des contractions, quand on est si loin du terme et qu’on en a jamais eues auparavant ?

 

     La sage-femme regarde le col. Elle annonce qu’il s’est modifié. Agnès perd plus de sang qu’elle ne le pensait. Elle sait déjà que rien ne peut arrêter le travail en cours, elle ne dit rien pourtant. Elle quitte la salle sans rien laisser paraître de ses convictions. Ce n’est pas à elle d’annoncer la mauvaise nouvelle aux futurs parents.

 

 

     Le gynécologue d’Agnès arrive peu avant neuf heures. Il est venu dès qu’il a appris pour Agnès. Il leur annonce qu’il n’y a rien à faire. Le travail est trop avancé. Rien ne peut l’arrêter. Et à cinq mois, aucune chance de sauver le bébé. Pédiatres, obstétriciens et sages-femmes se sont consultés. Le bébé n’aurait aucune chance de survivre. L’acharnement thérapeutique n’est pas envisageable, dans un tel cas.

 

     Agnès est calme, très calme. Déjà, elle avait deviné. Tout ce sang, ce n’était pas normal. Elle avait compris que, pour son bébé, c’était trop tard même si elle tentait de s’accrocher au moindre espoir. Ses yeux sont secs. Benoît lui prend la main, la soutient. Il la trouve calme, trop calme. Elle l’aimait tellement ce bébé. Il comptait déjà beaucoup pour elle. Ce n’est pas possible que cela la laisse indifférente, toute cette histoire. Elle va perdre l’enfant, le médecin a été clair. Il n’y a rien à faire.

 

     Pourtant, elle ne pleure pas, ne crie pas. Ils vont l’emmener au bloc. Ils vont l’endormir. Quand elle se réveillera, il n’y aura plus rien. Plus de ventre rond. Pas de bébé non plus.

 

     Les yeux d’Agnès sont inexpressifs. Ni colère, ni douleur. Elle laisse la main de Benoît sur la sienne. Elle la sent à peine. Elle ne ressent plus rien. Elle se sent vide, déjà.

 

     Dans son ventre, pourtant, son bébé s’agite. Devine-t-il l’issue fatale qui sera la sienne ? Non évidemment. Il ne doit rien comprendre de ce qu’il lui arrive. Il subit, comme elle.

 

     Agnès se détache de ce bébé, coupe les liens qui la retiennent à lui pour ne plus souffrir. À quoi bon l’aimer encore d’ailleurs ? Bientôt, il ne sera plus là.

 

     Elle le revoit encore sur l’écran hier. Si petit, si mignon. On ne lui a pas dit alors, que le lendemain verrait son dernier jour. Au contraire même, on lui a fait croire que tout allait bien pour lui, juste un petit peu trop bas.

 

     Cela ne semblait pas si grave. Que s’était-il passé depuis ? Elle n’en sait rien. Et que lui importe à cet instant de savoir. Quel que soit les raisons de sa fausse-couche, dans quelques heures, tout sera fini pour lui. Pour elle aussi. Elle le sait.

 

     Elle ne pleure pas sur le sort qui est le sien. Elle ne pleure pas son bébé, tendrement aimé. Pour le moment, elle ne ressent rien. Le choc a anéanti toute pensée, toute douleur. À part celles, de plus en plus nombreuses, des contractions qui se succèdent par vague à présent.

 

     Son gynécologue lui a dit d’appeler si elle souffre trop. Sinon, ils vont attendre les résultats de sa prise de sang. On va lui faire un curetage. Elle va être endormie. Le médecin aussi semble dépasser par le drame qui se déroule sous ses yeux.

 

 

 

 

 

     Au bout d’un moment elle demande à Benoît d’appeler quelqu’un. Elle ne veut plus souffrir, surtout pour rien. Elle veut qu’on l’emmène au bloc. Maintenant.

 

     Elle aurait pu tenir encore un peu. Le temps qu’ils obtiennent les fichus résultats. Cela l’aurait fait vivre plus longtemps, son bébé. Quelques minutes de plus. Une heure peut-être. Qu’est-ce qu’elle en sait ?

 

     Mais elle ne peut pas. Elle ne peut plus. Les contractions sont intolérables quand elles débouchent sur du vide.

 

     Elle caresse son bébé à travers son ventre.

 

     - Excuse-moi mon ange. Excuse-moi.

 

     Sa voix se brise, des larmes perlent enfin à ses paupières. La main de Benoît resserre sa pression. Il devine que l’anesthésie du choc se déchire doucement. Qu’elle comprend enfin ce qui arrive.

 

     Elle, elle caresse son ventre. Elle veut accompagner son bébé dans les derniers instants de sa trop courte vie, lui dire qu’elle est toujours là. Qu’elle l’aime et qu’elle l’aimera toujours.

 

   

 

(...)

 

 

 

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Les cigognes n'en font qu'à leur tête chez Amazon

Le 16 mars 2018, 18:49 dans Livres 5

 

 

Bonjour à tous

Mon premier roman, qui avait été publié aux Editions Sokrys en 2013, est enfin disponible sur le site d'Amazon. Le livre broché ne devrait plus tarder.

 

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Pour celles et ceux qui ne le connaissent pas, voici un petit extrait :

 

7 

 

 

     Le réveil indique sept heures. C’est son heure. Elle aime se lever tôt. Paresser dans son lit, très peu pour elle. Il y a tant de choses à faire. Et puis, elle aime quand tout est encore endormi, sensation étrange où le monde alentour semble lui appartenir. Enfin, le week-end, parce que dans la semaine, à cette heure-là, les gens s’éveillent, ou se préparent pour le travail et l’école, s’engouffrent dans la vraie vie, quoi.

 

     D’ailleurs aujourd’hui, c’est mardi. Elle entend le camion des éboueurs qui passe dans sa rue, le moteur d’une mobylette qui pétarade, le vrombissement d’une voiture qui a du mal à démarrer. Tout cela se mêle aux chants des oiseaux. C’est comme un sacrilège, se dit-elle, ces bruits qui perturbent le silence et la nature.

 

     Agnès se concentre sur la pesanteur de son ventre. Elle se tourne encore une fois dans son lit, cherche une position confortable. Elle n’en trouve aucune. Toute la nuit, elle a cherché, en vain.

 

     Malgré la fatigue d’une nuit agitée, elle se dit qu’elle va se lever. Cela ne sert à rien de rester allongée. Elle ne se rendormira plus, elle le sait.

 

     Il est sept heures cinq, comme le lui indiquent à présent les chiffres lumineux du radio-réveil.

 

 

 

     Entre ses cuisses, venu de ses entrailles, un liquide chaud, un peu visqueux. Elle sait que c’est un caillot de sang. Ça lui fait ça des fois, quand elle a ses règles. Sauf que là, elle ne les a pas ses règles. Ça fait cinq mois qu’elle ne les a pas eues. Normal, elle est enceinte. Enceinte, on ne perd pas de sang, ou alors, ce n’est pas normal. Elle a lu dans un magazine parental que cela pouvait arriver, cela ne veut pas dire qu’on va perdre le bébé, mais bon, en général, c’est mauvais signe. Surtout à ce stade de la grossesse, lui semble-t-il.

 

     Un nouveau flux. Le cœur d’Agnès bat plus vite, plus fort. Elle en sent l’écho dans ses oreilles, dans sa mâchoire, dans sa nuque. Elle ne sait plus très bien. Elle reconnaît seulement la peur qui l’envahit, la paralyse. Ce sang, ce n’est pas normal. Elle le sait bien.

 

     Elle ne dit rien et se lève. Benoît ne bouge pas. Elle ne sait pas s’il dort ou s’il fait semblant. La gorge nouée par l’angoisse, elle se dirige vers la salle de bain. Elle veut voir ce qu’il se passe, voir si c’est bien du sang qu’elle perd. Elle sait que cela en est, bien sûr, mais elle préfère croire qu’il peut s’agir d’autre chose. Elle ne sait pas quoi, mais quelque chose qui pourrait la rassurer. Elle est prête imaginer n’importe quoi, pour ne pas penser qu’elle risque de perdre son bébé.

 

     Elle n’a pas le temps de gagner la porte, un autre flux coule. Elle pense bêtement à son pyjama qu’elle a dû souiller. Au sol, qui risque d’être taché et qu’il faudra nettoyer. Ça lui fait monter les larmes aux yeux. La fatigue sans doute. L’angoisse aussi, sûrement.

 

     - Benoît… Benoît, il faut que j’aille à la maternité. Tout de suite.

 

     Sa voix trahit sa peur.

 

     Benoît émerge de sa nuit de sommeil. Elle accouche ? Non, pas déjà, il reste encore quatre mois. Il bondit hors du lit, parfaitement réveillé soudain.

 

     - Que se passe-t-il ?

 

     Ils se regardent une fraction de seconde. Leur regard est chargé d’angoisse. Elle a peur pour le bébé. Lui, il a peur pour elle.

 

     - Je perds du sang.

 

     C’est tout ce qu’elle dit. Elle ne peut pas ajouter autre chose. Elle a peur, et cette peur la paralyse. D’ailleurs, un nouveau flux sort de ses entrailles. Elle ne sait comment, elle se retrouve dans la salle de bain. Elle soulève l’abattant des w.c. et s’y assied. Pour le moment, elle ne sait pas quoi faire d’autre. Elle voit le sang couler. Un sang bien rouge, qui signe le début de l’hémorragie qu’elle sent devenir de plus en plus importante au fur et à mesure que les minutes s’écoulent.

 

     Elle a peur de voir une tête, des membres. Il paraît qu’il y a des femmes qui font des fausses couches comme ça, dans leur w.c. Des fois, elles ne savent même pas qu’elles sont enceintes. Ça doit leur faire drôle. Enfin drôle, façon de parler, plutôt effrayant comme situation. Elle ne voudrait pas que cela lui arrive à elle.

 

     Et puis, elle, elle est enceinte de cinq mois. À cinq mois, on ne fait pas ce genre de fausse couche. Enfin elle ne le pense pas, mais bien sûr, elle l’ignore.

 

     Bon, elle ne peut pas rester là à attendre je ne sais quoi. Elle doit se rendre à la maternité au plus vite.

 

 

 

 

     Elle se garnit d’une serviette hygiénique, non deux, c’est plus prudent avec tout ce sang qu’elle sent jaillir de ses entrailles. Elle s’habille en hâte, les vêtements de la veille, qui sont à portée de main. Benoît est déjà prêt. Il a enfilé rapidement un jean délavé et un pull écru soigneusement pliés sur le valet de chambre. Il lit sur le visage d’Agnès toute l’angoisse qu’elle ressent.

 

     Sans un mot, ils se dépêchent de gagner la voiture. Agnès déglutit péniblement. Il lui semble avoir une grosse boule dans sa gorge. Elle déglutit encore et encore. Elle a l’impression d’avoir beaucoup de salive dans sa bouche tout un coup. Son cœur bat la chamade. Ses mains - qu’elle serre sur ses cuisses - sont moites. Elle a peur. Elle a peur de tout ce sang qui coule entre ses cuisses et qui la tétanise. Elle a peur de perdre son bébé. Son petit amour.

 

(...)

 

   Le début du roman est consultable gratuitement sur amazon.

 

 

 

Le pyé koko - en livre broché

Le 14 mars 2018, 18:57 dans Livres 6

 

 

 Bonjour à tous,

 

"Le pyé koko" est dorénavant  en livre broché sur Amazon (pour les personnes qui ne l'ont pas encore chez elles)

 

 https://www.amazon.fr/py%C3%A9-koko-Nadine-DECONINCK-CABELDUC-ebook/dp/B076QDNSPD/ref=sr_1_1?s=digital-text&ie=UTF8&qid=1521043508&sr=1-1&keywords=le+pye+koko

 

Il reste disponible en version e-book

 

 

J'en profite pour vous mettre un nouvel extrait :

 

     Les rayons du soleil caressaient la joue de Sarah Belmont, affairée auprès d’une jardinière de lierre double aux couleurs flamboyantes. Le balcon, abrité du vent, avait su protéger durant tout l’hiver cette variété de géraniums, apportant au plus profond de la grisaille hivernale un brin de gaîté grâce au fleurissement de quelques fleurs audacieuses. A présent, défiant des gelées improbables malgré l’époque, le rouge éclatant des pétales s’épanouissait tel un feu d’artifice, comme revigoré par un récent changement de terreau.

 

     Tout en arrangeant les fleurs de la balconnière, Sarah laissait errer ses sombres pensées. A aucun moment elle n’avait soupçonné l’identité de l’étrange cliente du « Pye Koko ». Elle y serait peut-être parvenue sans cette sordide histoire de meurtre et les soupçons qu’elle devinait peser sur elle. Le choc avait été rude lorsqu’elle avait compris qu’il s’agissait de Laure Kervalen.

 

     Elle s’était représentée l’ex-femme de Maxime d’une beauté quasi-certaine, mais l’aura dégagée par cette femme était exceptionnelle. Sarah ne se faisait aucune illusion. Toute rivalité était impossible. Le combat était perdu d’avance. La pauvre Sarah ne pouvait pas faire le poids devant l’assurance et la beauté de cette femme. Elle était sûre, d’ailleurs, que ce n’était pas un hasard si Laure était venue à la brasserie. Elle avait pris ses précautions pour éloigner Maxime, grâce à leur ami commun. Elle aurait sans aucun doute dévoilé à un moment ou à un autre son identité, intimant à Sarah de se tenir à l’écart de son ex-mari. L’arrivée inopinée de Maxime avait bouleversé son plan. Quoique, à la réflexion, ce n’était pas tout à fait exact. Sa seule présence avait eu l’effet escompté. Sarah comptait mettre un terme à sa relation avec lui, jugeant que cela ne les mènerait nulle part. Que pouvait attendre Maxime d’une femme aussi ordinaire qu’elle ? Rien. Absolument rien. Bien sûr, il avait prétendu l’aimer et elle avait voulu le croire. Sans doute parce que la petite fille qui était en elle avait toujours cru à l’existence du Prince Charmant. Mais la vie n’était pas un conte de fée. La bergère se transformait rarement en magnifique Princesse.

 

     Son cœur se serra à la seule pensée de ne plus revoir Maxime et des larmes perlèrent à ses paupières. Comment avait-elle pu s’illusionner un seul instant sur une possible histoire d’amour entre eux ? Surtout, comment avait-elle pu l’intéresser un tant soi peu, elle qui se trouvait tellement quelconque ? Elle se rappela l’hypothèse émise par quelques scientifiques que toute attirance vers le sexe opposé n’était due en fait qu’à une réaction chimique, les phéromones. Il était désolant d’attribuer à l’alchimie des hormones un sentiment aussi noble que l’amour, mais quelle autre explication donner à l’attrait qu’elle avait exercé sur Maxime ?

 

     Sarah ressentit la puissance des bras de Maxime l’enserrant avec passion. La chaleur de ses lèvres caressant chaque partie de son corps offert à ses baisers. Avide de connaître une dernière fois l’ardeur de ses étreintes, elle écrasa une larme qui roulait sur sa joue et chassa de son esprit la force de son désir pour lui. Elle ne se berçait plus d’illusions à présent. Elle avait maintes fois répété prétendre vivre son amour au jour le jour, sans penser au lendemain. Sans doute était-ce elle qu’elle souhaitait avant tout convaincre. Car au fond d’elle-même, elle avait toujours espéré que leur histoire irait loin. Qu’ils se marieraient et auraient beaucoup d’enfants, comme dans les belles histoires de son enfance.

 

 

 

 

     Un coup de sonnette retentit à la porte d’entrée. Sarah hésita. Ce devait être Maxime. Elle ne l’avait pas revu depuis qu’elle avait quitté la brasserie. Il avait essayé de lui parler à plusieurs reprises durant le déjeuner, mais elle s’était dérobée à toute tentative de sa part. Il était resté jusqu’à la fin de son service, bien décidé à mettre les choses au clair avec elle. Elle avait refusé de l’écouter, lui demandant de lui laisser du temps pour réfléchir. Il l’avait laissée partir à regret avec un regard désespéré. Sans doute jugeait-il le délai suffisamment long pour ce genre de décision et voulait-il obtenir d’elle une véritable discussion.

 

     Le deuxième coup de sonnette la décida d’aller ouvrir. Elle ne pouvait le laisser plus longtemps dans l’attente de sa décision. Elle espérait qu’il ne tenterait pas de la supplier. Il faudrait qu’elle se montre ferme dans sa décision. Peut-être qu’il éprouverait une peine sincère de se faire rejeter une nouvelle fois, puisqu’apparemment c’était sa femme qui avait décidé de leur séparation, mais elle savait qu’elle pourrait compter sur Laure Kervalen pour le consoler. Elle ne doutait pas un seul instant qu’ils retourneraient ensemble.

 

     Elle essuya les dernières larmes qui hésitaient à tomber et traversa la petite pièce. Sans prendre le temps de jeter un œil au judas, elle ouvrit la porte d’entrée et eut un mouvement de recul en reconnaissant les deux policiers.

 

     — Bonsoir mademoiselle Belmont, la salua le commandant Kovinsky en remarquant ses pieds nus et son regard surpris.

 

     Elle s’attendait visiblement à une autre visite. Il en ressentit un vague sentiment de dépit en songeant qu’il devait s’agir de ce Maxime Kervalen, dépit qu’il rejeta d’emblée tout en poursuivant.

 

     — On ne vous dérange pas ? On aimerait vous poser quelques questions supplémentaires afin d’éclairer les nouveaux éléments en notre possession.

 

     Sarah se demanda si elle avait vraiment le choix. Elle s’effaça pour laisser entrer les deux hommes dans l’appartement.

 

     — J’aime beaucoup votre style. C’est très épuré.

 

     — Je me suis récemment séparée de la personne avec qui je vivais, l’avez-vous oublié commandant ? Signifia la jeune femme d’un ton sarcastique, car elle n’était pas d’humeur à être conciliante.

 

     — Ah oui, c’est vrai. Vous aimez beaucoup les changements, on dirait : changement de travail, changement de petit ami. Il y a beaucoup d’instabilité dans votre vie, vous ne trouvez pas ?

 

     Elle ne comptait pas laisser les questions glisser sur un terrain qu’elle jugeait personnel et étranger à l’affaire.

 

     — Vous m’avez dit que vous aviez des questions à me poser. Je suppose que cela a un rapport avec le meurtre et non avec ma vie privée, lui fit observer Sarah d’un ton nerveux.

 

     Le commandant Kovinsky lui adressa un sourire entendu.

 

     — Je ne voulais pas vous blesser, mademoiselle Belmont, croyez-le. Mais vous avez raison, restons-en à notre enquête. Quels étaient vos rapports avec Francis Meunier ?

 

     — Strictement professionnels. C’était  mon patron, un point c’est tout.

 

     Sarah ne les avait pas priés de s’asseoir, ce qui n’était pas pour déplaire au commandant Kovinsky. La dominant d’une bonne tête, son autorité s’en trouvait grandie ce qui accentuait la nervosité de la jeune femme.

 

 

 

     — Pourquoi avoir caché que votre patron vous portait un intérêt, disons… plus personnel ?

 

     Sarah accusa le coup sans tressaillir, se demandant ce qui l’avait trahie ou plutôt qui.

 

     — Et alors ? Dois-je vous parler de tous les hommes qui s’intéressent à moi, commandant ? Sans vouloir me vanter, monsieur Meunier n’était pas le seul dans ce cas-là, fit-elle en songeant à l’abruti qui l’avait draguée à la brasserie, car en vérité, ils n’étaient pas si nombreux les hommes qui avaient tenté de la séduire.

 

     — Je veux bien le croire, avoua le policier en ignorant le sourire narquois de son collègue. J’espère seulement que tous ne se font pas assassiner. Remarquez, cela faciliterait peut-être la tâche de la police.

 

     Le visage de Sarah blêmit sous l’accusation à peine déguisée.

 

     — Vous voulez dire que vous me soupçonnez de l’avoir… assassiné ?

 

     Il n’en croyait rien, bien entendu, même s’il avait la certitude qu’elle leur cachait des choses. Il n’en lâcha pas moins sur un ton nonchalant :

 

     — Je vous l’ai dit : nous n’écartons aucune piste.

 

     Sarah regarda le policier, abasourdie. L’incrédulité se lisait sur son visage défait. Elle ne savait pas au juste ce qu’elle représentait pour eux. Que savaient-ils exactement ? Comment en étaient-ils arrivés à la conclusion qu’elle aurait pu tuer son ancien patron ? Tandis que défilait dans sa tête un tas de questions, Sarah s’était laissé tomber sur le canapé.

 

     — Vous étiez enceinte il y a peu de temps, mademoiselle Belmont, n’est-ce pas ?

 

     Encore sous le choc de la précédente révélation, Sarah releva la tête, prête à encaisser un nouveau coup.

 

     — Oui, acquiesça-t-elle d’une petite voix, le sujet étant encore douloureux pour elle.

 

     — De qui était le bébé ?

 

     Le commandant Kovinsky s’en voulut intérieurement de la torturer sur une épreuve qu’il devinait être difficile à vivre pour une femme. Son malaise s’accentua lorsqu’il vit ses yeux noirs brillants de larmes.

 

     — Je vous demande pardon ?

 

     Le policier fit taire la petite voix de sa conscience et insista :

 

     — Ma question est simple : je vous demande qui était le père de cette enfant. Votre petit ami d’alors ? Romain Laban. Votre nouveau… fiancé, monsieur Kervalen, je crois ? Ou votre ex-patron qui vous vouait un intérêt particulier ?

 

     D’un bond, Sarah fut debout, son regard exprimant toute la colère et le ressentiment qu’elle sentait monter en elle. Pour qui la prenait-il ? Pour une fille facile qui couchait avec tous les hommes qu’elle rencontrait ? Elle aurait bien volontiers giflé le policier et se retint à grande peine. Cela n’aurait servi à rien. Sinon accentuer ses problèmes.

 

     — Comment vous permettez-vous d’insinuer…

 

     — Vous n’avez pas répondu à ma question, mademoiselle Belmont.

 

     Sarah croisa les bras sur sa poitrine avec une froide détermination dont elle ne se serait pas crue capable quelques instants plus tôt.

 

     — Suis-je obligée de répondre à vos questions ?

 

     — Non, mais il est dans votre intérêt de collaborer avec nous, laissa tomber le policier visiblement peu fier de lui.

 

     Les sentiments que lui inspirait la jeune femme ne lui facilitaient pas la tâche. Il l’avait blessée, il le savait et cela lui aurait été égal s’il n’avait pas eu ce béguin pour elle.

 

     Sarah se dirigea d’un pas décidé vers la porte d’entrée et l’ouvrit dans la ferme intention de clore l’interrogatoire.

 

     — Dans ce cas, messieurs, je vous prierai de sortir.

 

     — Permettez-moi d’insister, tenta Kovinsky, irrité contre sa propre personne.

 

     — J’ai dit : dehors.

 

     A cet instant, le portable du commandant émit une sonnerie. Kovinsky quitta le regard courroucé de la jeune femme pour consulter l’écran, désireux de savoir d’où provenait l’appel. Avec un signe de tête en direction de son collègue resté silencieux durant tout l’interrogatoire, il prit congé de Sarah Belmont, regrettant de ne pouvoir lui faire part de ses sincères regrets sur ce qui venait de se passer.

 

     — Nous n’en avons pas fini avec vous, mademoiselle Belmont. Aussi je vous dis à très bientôt.

 

     Les deux policiers passèrent devant elle en la saluant. Ne prenant même pas la peine de leur répondre, elle claqua la porte derrière eux dans un accès de colère, puis se laissa tomber à terre. Elle se replia en position du fœtus et se laissa aller au mélange de chagrin et de rage qui la submergeait.

 

 

 

 

 

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